22 – À NOUS TROIS… FANTÔMAS !
Grave, solennelle, la grande-duchesse Alexandra répétait à la Reine :
— J’ai l’honneur de prendre congé de Votre Majesté et j’ose espérer qu’elle daignera me faire parvenir de ses nouvelles lorsque je serai arrivée au terme de mon voyage. C’est une absence qui va me retenir longtemps loin de la Cour de Hesse-Weimar, loin de ses augustes souverains pour lesquels je professe le plus profond respect…
L’entretien de la Reine et de sa mortelle ennemie, ou tout au moins de celle que la souveraine considérait comme son adversaire le plus dangereux, avait lieu vers onze heures, deux jours exactement après la fameuse soirée au cours de laquelle le policier Juve, si malheureusement confondu avec Fantômas, avait été arrêté aux lieu et place du terrible bandit et jeté dans un sombre cachot où depuis lors il était tenu rigoureusement au secret.
Les événements s’étaient précipités, comme on sait, à Paris, depuis cette sinistre aventure, et si l’opinion publique de Hesse-Weimar était convaincue que le redoutable Fantômas était désormais incarcéré, on n’en éprouvait pas moins, à la Cour et à Glotzbourg, une très réelle inquiétude, une vive émotion, à l’idée qu’en dépit de la diligence de la police, et de l’arrestation immédiate du présumé coupable, on n’avait pas retrouvé le fameux diamant du roi.
Sur une voie, à l’écart, dans la gare de Glotzbourg, stationnait un wagon de luxe autour duquel se tenaient, respectueusement, quelques personnes.
La grande-duchesse allait partir.
On avait mis à sa disposition une voiture-salon qui allait être rattachée au rapide de Paris lorsque celui-ci, venant de Berlin, s’arrêterait quelques minutes à Glotzbourg.
Alexandra, vêtue d’un sobre costume de voyage, le visage dissimulé derrière une épaisse voilette, causait affectueusement avec une de ses dames de compagnie, lorsque soudain le prince Gudulfin parvint jusqu’au wagon de la grande-duchesse et lui fit demander quelques instants d’entretien.
Quand il fut seul dans le salon du wagon avec la grande-duchesse, le prince Gudulfin, en lui baisant la main, laissa tomber des larmes brûlantes sur le poignet délicat de l’aventurière et murmura d’un air de respectueuse soumission :
— Vos ordres, madame, ont été exécutés. Vous êtes toujours décidée à partir ?
— Décidée, oui, plus que jamais.
Le prince Gudulfin réprima un sanglot :
— Madame, supplia-t-il tout bas, vous savez que mes partisans sont prêts à tenter un coup de force. De grâce, consentez à accepter l’hommage de mon amour, dites un mot, je renverse la dynastie régnante… je monte sur le trône pour vous y faire asseoir à mes côtés.
— C’est un rêve, prince, un rêve fou, prince Gudulfin, non… ce sont là des choses impossibles… auxquelles vous ne devez pas songer… auxquelles nous n’avons pas le droit de penser.
Et, durement, la fausse duchesse ajouta, comme pour elle-même :
— Non… pas le droit.
Le prince Gudulfin s’était relevé, d’un geste nerveux, il caressait le pommeau de son épée.
Après un silence, arrachant la grande dame à sa méditation profonde :
— Vous êtes plus que dure pour moi, madame, observa-t-il amèrement, vous êtes distraite.
— Il se peut, concéda Lady Beltham.
Le prétendant poursuivait :
— Vous êtes énigmatique, mystérieuse…
Mais, soudain, la pseudo duchesse se leva brusquement, alla à l’extrémité du wagon et fit un signe.
Un marchand de journaux s’approchait.
Elle avait entendu crier une édition spéciale de La Gazette de Hesse-Weimar. En manchette, sous le titre de la feuille, on voyait en grosses lettres :
« La mort de Fantômas ! Le bandit a fini ses jours dans sa prison… »
***
Alexandra, sans s’occuper de la présence du prince Gudulfin, lut attentivement les détails du nouveau drame. Le prince Gudulfin soupirait :
— Ah ! madame, vous devriez vous souvenir pourtant que, dans cette sinistre affaire, racontée par La Gazette, vos désirs ont été exaucés grâce à moi. Il vous a suffi de vouloir et aveuglément vous avez été obéie…
Mais l’express venait d’entrer en gare, et, comme il ne devait y séjourner que quelques minutes à peine, les hommes d’équipe se préoccupaient aussitôt de manœuvrer le wagon spécial de la grande-duchesse, pour l’attacher en queue du train.
Soudain la grande-duchesse qui, d’un œil inquiet, semblait scruter avidement la foule, poussa un léger cri et se recula vivement au fond de la voiture. Elle venait de voir arriver un voyageur, vêtu d’un complet sombre, portant une longue barbe grise et qui cherchait une place dans un compartiment.
Une dernière fois le prince Gudulfin s’inclina devant celle qu’il paraissait aimer d’un amour si profond, et l’aventurière, ne voulant pas sans doute quitter le jeune homme sans lui laisser le moindre espoir, très maîtresse d’elle-même, avec un art consommé, murmura :
— Espérez, prince, espérez !… un jour, peut-être… plus tard… Et souvenez-vous que la femme la plus honnête, sans vouloir donner une espérance, n’est jamais fâchée de laisser un regret.
***
La veille, Juve, dans sa cellule, achevait son frugal repas.
Le policier, depuis quarante-huit heures, était au secret et, après s’être figuré que sa détention ne durerait que le temps d’éclaircir un malentendu, il commençait à s’inquiéter de l’absence d’événements qui lui paraissait redoutable.
Ce soir-là, cependant, en dépit de ses préoccupations et de son énervement qui croissait, Juve commençait à éprouver une certaine envie de dormir. Il se sentait attiré vers l’humble couchette disposée au coin de sa cellule et se disait machinalement que, quels que soient les événements qui bouleversent un cerveau humain, lorsque le sommeil fait sentir son influence, c’est un autocrate auquel on ne peut résister.
Juve se rendait compte du piège dans lequel Fantômas, surpris par lui, l’avait fait tomber.
Fantômas était venu pour dérober le diamant du roi, mais certainement il ne s’attendait guère à rencontrer Juve à l’endroit précis où il allait commettre son vol.
Fantômas – ce monstre n’oubliait jamais rien – s’était évidemment dit qu’il pouvait être surpris.
À tout hasard, il avait pris soin de revêtir la tenue qui pouvait, au cours d’un bal officiel, le faire passer le plus inaperçu, celle des officiers de lanciers de la reine.
Profitant de la douleur atroce éprouvée par Juve, il l’avait revêtu de sa propre personnalité, et s’était enfui avec le diamant, laissant le policier à sa place.
Juve en était là de ses réflexions.
Il voulait chercher, chercher encore. Mais, peu à peu, ses idées devenaient plus vagues, son cerveau s’alourdissait, l’envie de dormir s’affirmait de plus en plus impérieuse, et le policier, progressivement, sentait ses membres s’engourdir.
Une idée subite, une terreur soudaine, germèrent dans son esprit.
Après un effort surhumain, Juve parvint à s’asseoir sur son séant et, soutenant de ses deux paumes sa tête alourdie :
— C’est épouvantable, balbutia-t-il, je ne sais pas ce que j’ai, je dors…
Brusquement il hurla :
— Je suis empoisonné !
Une sueur froide perla au front du malheureux qui, après avoir essayé de se dresser debout, avait senti ses jambes se dérober sous lui, et s’était vu retomber comme une masse sur son humble couchette.
Juve se répétait :
— Empoisonné !
Et toute une révolte lui montait au cœur, mêlée pourtant d’un peu d’espoir :
Mais non… ce n’était pas possible ! Pourquoi l’aurait-on empoisonné ? qui donc pouvait vouloir sa mort ? Il était prisonnier, sans doute, mais prisonnier d’un peuple civilisé, prisonnier d’honnêtes gens, qui, assurément, vu sa qualité d’étranger, vu sa qualité d’envoyé officiel de la police française, devaient le traiter avec égards et tenir aussi à faire la lumière absolue sur la mystérieuse affaire pour laquelle il était incarcéré.
Toutefois, une angoisse nouvelle lui torturait l’âme, car Juve venait de se souvenir qu’il était arrêté non pas sous sa propre personnalité, mais sous celle infiniment plus redoutable et plus terrifiante… plus méprisable aussi, de Fantômas.
C’était Fantômas que l’autorité policière de Hesse-Weimar croyait tenir dans ses prisons.
Fantômas, dont on connaissait les effroyables forfaits, dont nul n’ignorait la subtilité et l’audace. Fantômas, le monstre abhorré, honni, épouvantable, et si dangereux que, – ne l’appelait-on pas « Fantômas l’insaisissable » ? – que le seul moyen sûr, si l’on voulait empêcher son évasion, c’était de l’exécuter.
Juve, de plus en plus épouvanté, sentait le narcotique accomplir son œuvre irrésistible. Il chancela, perdit la notion des choses. Tout, autour de lui, s’atténuait, se brouillait dans la pénombre.
Juve, doucement, s’affaissa sur sa couche et demeura privé de sentiment !
***
Était-ce le jour ?
La première chose que vit Juve en ouvrant les yeux, ce fut une lune ronde, émergeant du ciel bleu, semé d’étoiles.
Et le policier, qui s’était endormi dans un cachot sombre, souriait instinctivement à l’astre nocturne, cependant que dans ses poumons pénétrait un air abondant et vif, dont la pureté contrastait agréablement avec la nauséabonde puanteur d’atmosphère renfermée qui s’exhalait du cachot dans lequel, depuis quarante-huit heures, il avait macéré.
Juve éprouvait des sensations étranges.
Ses mouvements étaient difficultueux, limités. Juve se figura être dans un lit bordé, dans un cadre très étroit… étendu sur le sol.
Mais où cela ?
Juve, grâce aux reflets scintillants de la lune, se rendit compte qu’il était dans une salle dont la porte était légèrement ouverte, salle vraisemblablement au rez-de-chaussée, car s’il abaissait les yeux vers un horizon très proche, Juve distinguait la ligne sombre de quelques cimes d’arbres.
Le policier demeura un instant immobile, cherchant à recouvrer ses esprits, à avoir une vision plus nette, plus précise, écoutant aussi, car il avait pour habitude constante de se méfier de ce qu’il ne comprenait pas.
Mais aucun bruit ne venait troubler le silence de cette nuit magnifique.
Juve, après quelques minutes d’attente encore décida de faire un effort pour se dégager de ce qui le retenait, se redresser.
Le policier s’imaginait qu’il allait avoir une résistance à vaincre, mais, à sa grande surprise, il ne devait rien en être.
Tout au contraire, s’étant dressé sur son séant, il put se lever sans peine.
Juve sortit de la sorte de boîte dans laquelle il se trouvait, et le contact de ses pieds nus avec le sol lui démontra immédiatement qu’il marchait sur des dalles de pierre.
Le policier, dont le regard peu à peu s’accoutumait à la demi-obscurité, tressaillit en voyant la couche qu’il venait de quitter.
C’était un cercueil.
Tout à côté de ce cercueil se trouvait le couvercle : la bière n’avait pas été fermée.
Mais le policier n’était pas au bout de ses émotions.
Il gagna le fond de la mystérieuse cellule dans laquelle il se trouvait. Tout à côté de la bière dont il sortait, une autre bière également ouverte.
Or, dans ce second cercueil, se trouvait un cadavre.
Ce mort, c’était un inconnu, un homme d’une cinquantaine d’années environ, au visage calme, au corps robuste et sain.
Toutefois, une légère tache rouge s’estompait à la tempe et le policier, qui avait l’habitude de ces tragiques découvertes, découvrit que la boîte crânienne avait été perforée par une balle de revolver, tirée à bout portant.
La mort avait dû être instantanée.
Le mort était simplement enveloppé d’un suaire, mais à côté de lui se trouvaient des vêtements soigneusement pliés.
Juve, machinalement, les regarda. Oh ! surprise, c’étaient les siens.
Le policier, à ce moment, se souvint qu’il était nu sous la grande couverture qui l’enveloppait.
Or, cette couverture, en réalité, n’était autre que le manteau de Fantômas, manteau que Juve avait conservé depuis que le bandit s’en était si habilement débarrassé en l’enveloppant dedans.
— Ma foi, pensa le policier, il n’y a pas de ma part indiscrétion à revêtir ces vêtements, puisqu’ils m’appartiennent. On a même eu le soin de me rendre mes chaussures .
Juve, sans comprendre la situation extraordinaire dans laquelle il se trouvait, regarda encore l’infortuné cadavre. Le policier s’exclama soudain :
Il venait de trouver un portefeuille, son portefeuille.
Mais un prévoyant et généreux anonyme avait eu l’idée louable de le bourrer de billets de banque, et Juve, qui, à la lueur blafarde de la lune, examinait de plus en plus stupéfait le contenu de son portefeuille, ne put s’empêcher de pousser une nouvelle exclamation :
— Ah ! par exemple, grommela-t-il, voilà qui est bizarre. Mais je ne me trompe pas pourtant.
Il venait d’aviser, dans une pochette intérieure, un petit carton jaune, d’un modèle bien connu : c’était un ticket de chemin de fer, un billet de première classe, de Glotzbourg à une station dont Juve ne se souvenait pas, tout d’abord, mais qui, à la réflexion, lui parut devoir être la gare-frontière.
— Ah ça, voyons ! qu’est-ce que tout cela signifie ? se demanda Juve, de plus en plus intrigué.
Et dans le cercueil, Juve trouva une page de l’indicateur des chemins de fer, dont une ligne était soulignée au crayon rouge. En la mettant, pliée, dans sa poche, ses doigts rencontrèrent un paquet, dont il considéra, surpris, le contenu : une barbe, des lunettes jaunes.
— Récapitulons, fit Juve, à mi-voix : vêtements, chaussures, argent, billet de chemin de fer, feuille de l’indicateur des chemins de fer, fausse barbe, lunettes jaunes, cela veut dire aussi clair que si on me l’avait écrit : prenez et partez déguisé en conspirateur. Il serait indélicat de ne pas obéir.
***
… Depuis trois heures déjà, l’express venu de Berlin et qui parcourait la Hesse-Weimar à destination de Paris roulait à toute vapeur à travers la campagne.
Voici ce que lisait le policier dans La Gazette de Hesse-Weimar :
« Le bandit international Fantômas dont nous avions annoncé la capture dans notre dernière édition d’hier, n’est plus.
Arrêté au moment où il tentait de s’emparer du diamant royal, en effet le célèbre bandit qui avait été incarcéré à la Maison d’Arrêt et de Détention de Glotzbourg, s’est donné la mort dans sa cellule.
L’arme du suicide paraît avoir été un revolver minuscule qui avait échappé à toutes les fouilles au moment où « le Roi du Crime » avait été écroué (Biographie de Fantômas en dernière page). »
Juve, en lisant cet étrange récit, n’avait pu s’empêcher de reconnaître qu’il coïncidait exactement avec l’hypothèse qu’il formulait quelques secondes auparavant.
De deux choses l’une :
Si l’on avait cru que Juve était Fantômas, on ne l’aurait pas fait évader pour mettre un comparse à sa place.
Si l’on savait, d’autre part, que le prisonnier Juve n’était pas Fantômas, pourquoi diable avoir inventé cette histoire de suicide, employé une supercherie aussi grossière que celle consistant à faire passer un cadavre quelconque pour celui de Fantômas ?
Mais, soudain, Juve eut une idée.
— Et si, se demandait-il, non seulement le peuple de Hesse-Weimar est dupé, mais si je découvrais par hasard que la police et le gouvernement sont eux-mêmes victimes d’une machination ?
Juve, se rendait très bien compte qu’il n’avait pas, à vrai dire, d’arguments très précis, mais, alors qu’il était encore sur le quai de la gare, s’apprêtant à monter dans un wagon, il avait entrevu la silhouette du prince Gudulfin descendant du salon attaché en queue du convoi, et dont les voyageurs demeuraient rigoureusement invisibles.
Par une association d’idées fort naturelle, en apercevant le prince, Juve, qui était au courant des potins de la cour, songea à la grande-duchesse Alexandra, qu’il savait n’être autre que Lady Beltham.
Or, voir Lady Beltham, c’était évidemment revenir en pensée à Fantômas. Le train roulait.
On approchait de la frontière.
Juve n’avait pas encore osé quitter la fausse barbe et les lunettes trouvées par lui dans la bière mystérieuse.
Juve descendit acheter un billet jusqu’à Paris.
Comme il quittait le guichet, Juve regarda en revenant sur le quai, le wagon-salon attaché à l’express venant de Berlin, au moment de l’arrêt à Glotzbourg.
Or, Juve, en dépit de son sang-froid, faillit laisser échapper un cri de triomphe.
Tandis qu’il examinait le wagon, dont les rideaux de vitrage, obstinément baissés, dissimulaient l’intérieur, un de ces rideaux s’était relevé tout à coup. Un ressort devait avoir lâché. Un instant après, d’ailleurs, une main prudente rabattait à nouveau le rideau devant la vitre, mais Juve avait eu le temps de voir, éclairée en pleine lumière, l’une des voyageuses de ce wagon… et il avait reconnu la grande-duchesse Alexandra, Lady Beltham. Le train sifflait.
Juve n’eut que le temps de regagner son compartiment. Tout s’expliquait désormais.
Lady Beltham, lorsqu’on avait arrêté Juve, s’était évanouie d’émotion. Pourquoi ?
Parce qu’elle entendait crier autour d’elle que Fantômas venait d’être appréhendé. Revenue à elle, Lady Beltham s’était juré de le sauver coûte que coûte. Mais comment faire ? Lady Beltham, sans doute, en tant que grande-duchesse Alexandra, devait avoir des gens dévoués à sa personne. Avec leur collaboration, grâce à leur complaisance, elle avait machiné l’évasion, qui avait permis au pseudo Fantômas de quitter la prison et de passer pour mort. Lady Beltham, dupe d’elle-même, s’imaginait encore qu’elle avait sauvé son amant, alors qu’elle venait tout simplement de mettre en liberté l’ennemi le plus acharné de celui-ci.
Juve, quittant le couloir du wagon, regagna le compartiment où il avait laissé son pardessus, et s’apprêta à le revêtir, le froid devenant de plus en plus vif, mais, au moment où il s’emparait du vêtement, le policier arrêta son geste, frappé de stupeur :
Sur la doublure, on avait épinglé un papier qui portait ces mots, griffonnés au crayon :
« À Paris, Améric Hôtel. »
Que signifiait ce mystérieux rendez-vous ?
Lady Beltham, si elle croyait avoir affaire à Fantômas, n’avait évidemment pas besoin de lui écrire. Elle savait sûrement où le retrouver.
Si, se demandait le policier, Lady Beltham, fatiguée du joug de ce monstre, si Lady Beltham, repentante de ses crimes – et ce ne serait pas la première fois que la grande dame aurait des remords de conscience – au lieu de sauver Fantômas, avait sauvé Juve en connaissance de cause ?
Lady Beltham n’avait-elle pas manigancé toute cette formidable affaire, en sachant parfaitement que le policier était là, aux lieu et place de son amant ?
N’avait-elle donc pas tiré Juve de prison pour s’acquérir sa reconnaissance d’abord, et s’en faire ensuite un allié, un protecteur, dans la lutte vraisemblablement effroyable qu’elle aurait sans aucun doute à soutenir si jamais Fantômas s’apercevait de sa trahison ?
Le policier, lançant un regard de défi aux ténèbres, qui de plus en plus enveloppaient le train, trouant la nuit, proclama grandiloquent :
— Soit ! Lady Beltham, il ne sera pas dit qu’un galant homme vous montrera de l’ingratitude, et, si vous le voulez, disons ensemble : « À nous trois, Fantômas ! »